De Charybde en Scylla
À la cour d’appel, j’assistais à l’audience d’un homme condamné pour recel du produit de la vente de stupéfiants. Lors d’une perquisition à son domicile, plus de 20 000 euros en espèces avaient été découverts. En première instance, il avait été condamné à cinq ans d’emprisonnement, dont un an ferme.
Son avocat était absent. Mais il souhaitait être jugé et assurer lui-même sa défense. La présidente l’a averti des conséquences de ce choix, en lui indiquant notamment qu’il risquait jusqu’à dix ans d’emprisonnement. Il a maintenu sa décision : il était innocent.
D’où venait donc cet argent ?
Selon lui, certainement pas de la vente de stupéfiants. Il provenait d’un commerce de pièces détachées pour poids lourds. Les pièces arrivaient de Belgique et d’Allemagne, transitaient par la France et étaient achetées par des personnes qu’il connaissait, venues d’Afrique.
Il insistait : la France n’était qu’un lieu de passage. C’était simplement là qu’il exerçait son activité.
La présidente cherchait à comprendre cette géographie commerciale. Pourquoi exercer en France alors qu’il était belge, que ses clients venaient d’Afrique et qu’il y avait lui-même une autre activité ?
À partir de là, les explications se sont quelque peu emmêlées.
Il évoquait plusieurs sources de revenus, pour un total de plus de douze mille euros. Dans le même temps, il sous-louait en France un studio à un ami, tandis que sa femme vivait en Belgique avec leur enfant grâce aux aides sociales.
Plus il parlait, plus je me demandais où sa démonstration allait le conduire. Venu expliquer que l’argent ne provenait pas de stupéfiants, il décrivait désormais un commerce international dont chaque précision semblait appeler une nouvelle question.
C’est alors que j’ai vu l’un des assesseurs porter discrètement la main devant sa bouche. À son expression, j’ai eu le sentiment qu’il retenait une envie de rire.
Je n’ai pas assisté à la fin de l’audience et je ne connais pas la décision rendue. Impossible, donc, de dire ce que les juges ont retenu de ces explications.
Mais ce jour-là, l’expression « tomber de Charybde en Scylla » m’a paru prendre tout son sens : à vouloir sortir d’une difficulté, il semblait surtout s’en créer une autre !!
Illustration générée par IA — évocation humoristique, sans ressemblance avec les personnes présentes.